Aurélie Le Vern : la Française qui a conquis l’UFC BJJ

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Aurélie Le Vern conquiert l’UFC BJJ

Aurélie Le Vern est la première femme à avoir été championne de l’UFC BJJ, et c’est une Française. Le 11 décembre 2025 à Las Vegas, elle soumettait Raquel Canuto par kimura au premier round pour décrocher la ceinture inaugurale des poids plumes féminines. Quatre mois plus tard, elle la perdait. Entre ces deux dates tient un parcours qui ne ressemble à aucun autre dans le JJB français : un début tardif, une progression de 5,5 ans jusqu’à la ceinture noire, et une carrière construite depuis la Guyane plutôt que depuis un centre d’entraînement brésilien ou californien.

Une entrée tardive, par accident

Née le 12 juillet 1991 à Aix-en-Provence, Aurélie Le Vern n’a pas grandi sur un tatami. Son adolescence et sa vingtaine se passent dehors : escalade, VTT, ski, roller, moto, parapente, randonnée de haute montagne. Rien qui ressemble à un sport de combat.

Après un diplôme en éducation physique obtenu en 2016, elle cherche un poste dans un système scolaire français très concurrentiel et trouve du travail en Guyane, département d’outre-mer sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud. Loin de ses proches, elle cherche à s’occuper et pousse la porte d’une salle d’arts martiaux locale, où elle commence par le judo.

Elle y reste un an, intriguée par les cours de JJB qui se tiennent dans la même académie sous la direction de Tyrone Gonsalves. En septembre 2017, à 26 ans, elle essaie enfin. Son passé de sports extrêmes se révèle un atout inattendu : la force de préhension et la dextérité accumulées en plus d’une décennie d’escalade, ajoutées au fond développé en vélo, lui permettent d’aborder des séquences complexes plus vite que la moyenne.

Cinq ans et demi jusqu’à la noire

La progression qui suit est rapide au point d’être atypique. Le Vern remporte le Championnat du monde IBJJF en bleue dès 2019, puis en violette en 2021, puis en marron en 2022 — trois titres mondiaux sur trois couleurs différentes. Elle ajoute l’European Open en bleue en 2019 et 2020, puis en marron en 2023, et le Pan en bleue en 2019 avant un doublé catégorie plus absolute en marron en 2022.

Elle reçoit toutes ses ceintures des mains de Gonsalves, dont la noire en janvier 2023, sur le podium de l’European Open IBJJF, après seulement cinq ans et demi de pratique. La lignée est solide : Carlos Gracie, Helio Gracie, Royler Gracie, Saulo Ribeiro, Alexandre Ribeiro, puis Gonsalves.

Ce rythme a un coût. Pendant ses cinq premières années de compétition, elle mène de front son travail d’enseignante, l’aide à la gestion des cours à l’académie Six Blades de Guyane et son propre entraînement. Intenable sur la durée : en 2023, elle met sa carrière d’enseignante en pause pour se consacrer entièrement au sport.

Le passage en pression, sa signature

Sa technique de prédilection est le passage en pression (pressure passing), et ses statistiques le confirment : sur 47 victoires en lutte au sol, 32 arrivent par soumission, soit 68 %. Un pourcentage élevé pour une pratiquante dont le jeu repose sur le contrôle plutôt que sur la prise de risque.

La répartition de ses finitions dit quelque chose de son style : sept clés de bras, quatre kimura, trois americana, trois étranglements depuis le dos. Rien d’exotique, aucun jeu de jambes spectaculaire — un arsenal fondamental appliqué avec une précision qui fonctionne au plus haut niveau. Elle évolue en moyen-lourd, catégorie des moins de 74 kg en kimono, tout en descendant régulièrement vers les moins de 65 kg pour les formats sans kimono.

Sa première année en noire donne le ton : bronze au Pan 2023 en Californie, puis bronze aux Mondiaux 2023. Suit un automne 2023 particulièrement dense — doublé en or au Brasileiro sans kimono le 24 septembre, en catégorie et en absolute, puis nouveau doublé à l’ADCC Natal Open le 8 octobre, en moins de 65 kg et en absolute.

2024 : le sommet européen et les limites du niveau mondial

Le 27 janvier 2024, à Paris, Le Vern remporte le Championnat d’Europe IBJJF en moyen-lourd ceinture noire. C’est son titre le plus significatif en kimono, décroché devant un public français.

Elle gagne ensuite les ADCC European Trials en moins de 65 kg, ce qui lui ouvre une invitation pour le Championnat du monde ADCC 2024. La suite est plus rude. Elle affronte Helena Crevar deux fois dans l’année : défaite aux points à l’UFC Fight Pass Invitational 7 le 15 mai, puis défaite par clé de talon extérieure (outside heel hook) au premier tour de l’ADCC Mondial en août.

Ces deux revers cadrent honnêtement son niveau à cette période : dominante en Europe, encore en apprentissage face aux meilleures mondiales sur les formats sans kimono où le jeu de jambes fait la différence. Elle termine l’année sur un doublé en or au Championnat d’Europe IBJJF sans kimono le 20 octobre, puis une victoire aux points sur Ana Carolina Vieira à l’ADXC 7 en novembre.

2025 : quatre finales perdues, puis un titre historique

L’année 2025 est déroutante. En kimono, Le Vern accumule les deuxièmes places : argent à l’Europe de Lisbonne, argent au Pan en Floride, argent au Brasileiro après une défaite aux points contre Maria Vicentini. Elle perd aussi contre Salla Simola à l’ADXC 9 à Paris en avril.

Puis l’UFC BJJ change la donne. En juillet, elle soumet Maggie Grindatti par americana en 1 minute 19 à l’UFC BJJ 2. Le 11 décembre, à Las Vegas, elle affronte Raquel Canuto pour la ceinture inaugurale des poids plumes féminines, moins de 65,7 kg. Kimura, premier round, 3 minutes 38. Première championne féminine de l’histoire de l’UFC BJJ, et récompense de la meilleure soumission de la soirée.

Le règne sera court. Le 2 avril 2026, à l’UFC BJJ 7, elle perd son titre face à Rebeca Lima par décision unanime après trois rounds. Son bilan professionnel en UFC BJJ s’établit à deux victoires et une défaite.

Ce que son parcours dit au JJB français

Trois enseignements se dégagent, et aucun n’est anecdotique.

Commencer tard n’est pas disqualifiant. Le Vern a mis les pieds sur un tatami à 26 ans et était championne du monde en bleue deux ans plus tard. Le transfert de qualités depuis d’autres sports — préhension, fond, proprioception — compte plus qu’on ne le dit.

On peut réussir depuis la périphérie. Sa carrière s’est construite en Guyane, pas à São Paulo ni en Californie. Un professeur constant et une progression méthodique ont suffi là où beaucoup jugent l’expatriation indispensable.

Les fondamentaux tiennent au plus haut niveau. Clés de bras, kimura, americana, passage en pression : rien dans son arsenal ne relève de la mode technique. À l’heure où le jeu de jambes domine les conversations, une Française est devenue championne UFC BJJ avec un jeu que n’importe quelle ceinture bleue reconnaîtrait.

En résumé

Aurélie Le Vern reste la première femme championne de l’UFC BJJ et la compétitrice française la plus titrée de sa génération : championne d’Europe en noire, médaillée aux Mondiaux et au Pan, trois fois championne du monde en couleurs. Le titre perdu en avril 2026 ne referme rien — à 35 ans, avec un jeu bâti sur le contrôle plutôt que sur l’explosivité, elle dispose du profil qui vieillit le mieux en JJB.

Vous suiviez sa carrière avant le titre UFC BJJ, ou vous la découvrez ? Dites-le en commentaire, partagez l’article pour faire connaître le JJB français, et abonnez-vous pour nos prochains portraits d’athlètes tricolores.