Projections de judo : les 68 techniques du Kodokan expliquées

Les noms de projections de judo, tous en japonais, paraissent impénétrables au début. En réalité, ils obéissent à une logique simple : le Kodokan, l’institut fondé par Jigoro Kano, reconnaît 68 projections (« Nage Waza ») réparties en cinq familles, et la plupart des noms décrivent soit la partie du corps utilisée, soit le geste réalisé. Ce guide présente la liste complète, explique le vocabulaire, rappelle les bases du débutant et fait le lien avec le jiu-jitsu brésilien (JJB).
Les cinq familles de projections
Les projections se divisent d’abord en techniques debout (Tachi Waza) et techniques de sacrifice (Sutemi Waza), où l’on se laisse tomber volontairement. Cela donne cinq familles :
| Famille | Signification | Nombre | Exemples |
|---|---|---|---|
| Te Waza | Techniques de main | 16 | Seoi Nage, Tai Otoshi |
| Koshi Waza | Techniques de hanche | 10 | O Goshi, Harai Goshi |
| Ashi Waza | Techniques de pied et de jambe | 21 | O Soto Gari, Uchi Mata |
| Ma Sutemi Waza | Sacrifice vers l’arrière | 5 | Tomoe Nage, Sumi Gaeshi |
| Yoko Sutemi Waza | Sacrifice sur le côté | 16 | Yoko Otoshi, Tani Otoshi |
16 + 10 + 21 + 5 + 16 = 68. Selon les sources, vous verrez parfois d’autres totaux (40, 67…) : ils correspondent à d’autres listes, par exemple le programme traditionnel du Gokyo, décrit plus bas.
Lire un nom de projection
Retenir une quinzaine de mots permet de comprendre l’essentiel des noms :
| Terme | Sens |
|---|---|
| Nage | projection |
| Goshi / Koshi | hanche |
| Gari | fauchage |
| Harai / Barai | balayage |
| Otoshi | chute, abattage |
| Guruma | roue |
| Gaeshi | retournement, contre |
| Gake | accrochage |
| Makikomi | enroulement |
| O / Ko | grand / petit |
| Uchi / Soto | intérieur / extérieur |
Ainsi, O Soto Gari se comprend comme « grand fauchage extérieur » et Ko Uchi Gari comme « petit fauchage intérieur ». L’orthographe varie d’une source à l’autre : O Uchi Gari et Ouchi Gari désignent la même technique, tout comme De Ashi Barai et De Ashi Harai.
Les trois temps d’une projection
Quelle que soit la technique, le judo la décompose en trois phases :
- Kuzushi : déséquilibrer l’adversaire.
- Tsukuri : se placer (pieds, hanches, saisies) pour rendre la technique possible.
- Kake : exécuter la projection.
C’est ce qui donne aux bons judokas leur apparente facilité : la projection ne dure qu’un instant, mais tout se joue avant. Les clubs répètent donc inlassablement l’entrée sans finir le mouvement, un exercice appelé uchikomi.
Quelques projections incontournables
Il n’existe aucun classement officiel des « meilleures » projections ; le bon choix dépend de votre gabarit, de vos saisies et de votre professeur. Voici des techniques que l’on rencontre très souvent.
- Seoi Nage (projection par-dessus l’épaule) : on pivote sous l’adversaire, on le charge sur le dos et on le fait basculer.
- Tai Otoshi (chute du corps) : un pas de côté, une jambe en barrage, les mains entraînent le haut du corps.
- O Goshi (grande projection de hanche) : le poids de l’adversaire passe sur la hanche ; un classique pour comprendre le placement.
- Harai Goshi : une projection de hanche accompagnée d’un balayage de jambe.
- O Soto Gari : l’adversaire est poussé vers l’arrière tandis que la jambe fauche la sienne par l’extérieur.
- O Uchi Gari : un fauchage par l’intérieur, efficace quand l’adversaire a les pieds écartés.
- Uchi Mata : la cuisse intérieure de l’adversaire est soulevée tandis qu’il est tiré vers l’avant ; très présent en compétition.
- De Ashi Barai : un balayage du pied qui avance, où le timing compte plus que la force.
- Tomoe Nage : un sacrifice vers l’arrière, avec un pied dans le ventre de l’adversaire pour le faire passer par-dessus soi.
Les techniques de sacrifice amènent votre propre corps au sol et sont plus risquées pour un débutant : apprenez-les avec un encadrant et un partenaire expérimenté.
La liste complète des 68 projections
Cette liste suit la classification du Kodokan. Elle est une référence, pas une autorisation : toutes ces techniques ne sont pas permises dans toutes les compétitions.
Te Waza (16)
Seoi Nage, Ippon Seoi Nage, Seoi Otoshi, Tai Otoshi, Kata Guruma, Sukui Nage, Obi Otoshi, Uki Otoshi, Sumi Otoshi, Yama Arashi, Obi Tori Gaeshi, Morote Gari, Kuchiki Taoshi, Kibisu Gaeshi, Uchi Mata Sukashi, Ko Uchi Gaeshi.
Koshi Waza (10)
Uki Goshi, O Goshi, Koshi Guruma, Tsurikomi Goshi, Sode Tsurikomi Goshi, Harai Goshi, Tsuri Goshi, Hane Goshi, Utsuri Goshi, Ushiro Goshi.
Ashi Waza (21)
De Ashi Barai, Hiza Guruma, Sasae Tsurikomi Ashi, O Soto Gari, O Uchi Gari, Ko Soto Gari, Ko Uchi Gari, Okuri Ashi Harai, Uchi Mata, Ko Soto Gake, Ashi Guruma, Harai Tsurikomi Ashi, O Guruma, O Soto Guruma, O Soto Otoshi, Tsubame Gaeshi, O Soto Gaeshi, O Uchi Gaeshi, Hane Goshi Gaeshi, Harai Goshi Gaeshi, Uchi Mata Gaeshi.
Ma Sutemi Waza (5)
Tomoe Nage, Sumi Gaeshi, Hikikomi Gaeshi, Tawara Gaeshi, Ura Nage.
Yoko Sutemi Waza (16)
Yoko Otoshi, Tani Otoshi, Hane Makikomi, Soto Makikomi, Uchi Makikomi, Uki Waza, Yoko Wakare, Yoko Guruma, Yoko Gake, Daki Wakare, O Soto Makikomi, Uchi Mata Makikomi, Harai Makikomi, Ko Uchi Makikomi, Kani Basami, Kawazu Gake.
Projections interdites en compétition
Certaines techniques de la classification sont interdites dans les compétitions de la Fédération internationale de judo (IJF), notamment pour des raisons de sécurité. Les règles sanctionnent en particulier la saisie des jambes de l’adversaire, ce qui exclut les prises du type Morote Gari, Kata Guruma ou Sukui Nage, ainsi que des techniques comme Kani Basami et Kawazu Gake. Une technique peut donc exister au Kodokan sans être autorisée en combat. Les règlements évoluent : consultez le texte en vigueur de votre fédération.
Gokyo, Nage no Kata : pourquoi les chiffres varient
- La liste du Kodokan compte 68 projections.
- Le Gokyo no Waza est un programme d’enseignement traditionnel de 40 projections en cinq groupes.
- Le Nage no Kata est une forme de 15 projections en cinq séries de trois, qui démontre les principes (kuzushi, tsukuri, kake) plutôt qu’un catalogue.
Le premier groupe du Gokyo contient De Ashi Barai, Hiza Guruma, Sasae Tsurikomi Ashi, Uki Goshi, O Soto Gari, O Goshi, O Uchi Gari et Seoi Nage : c’est souvent la base de l’enseignement aux débutants.
Par où commencer quand on débute ?
Mémoriser des dizaines de noms n’est pas la priorité. Voici l’ordre habituel :
- Ukemi, l’art de chuter sans se blesser : on apprend à tomber avant de projeter.
- Kumikata, les saisies, qui déterminent la distance et ce que vous pouvez attaquer.
- Les déplacements, puis le kuzushi.
- Les entrées contrôlées (uchikomi) avec un partenaire.
- Le randori, pratique libre supervisée, quand le professeur vous estime prêt.
Aucune projection n’est « la plus facile » pour tout le monde. O Goshi et O Soto Gari sont souvent enseignées tôt, mais votre professeur adaptera le choix à votre morphologie et à votre expérience. Les vidéos aident à retenir le vocabulaire ; la technique, elle, s’apprend sur un tatami adapté, avec un encadrant qualifié.
Au-delà des projections
Le judo ne se résume pas aux projections. Le Kodokan classe aussi les techniques de contrôle au sol (Katame Waza), c’est-à-dire les immobilisations (Osaekomi Waza), les étranglements (Shime Waza) et les clés articulaires (Kansetsu Waza), ainsi que les techniques de frappe (Atemi Waza), qui ne se travaillent que dans les katas. En compétition, une immobilisation tenue 20 secondes vaut ippon, et seules les clés de coude sont autorisées parmi les clés articulaires.
Le judo de compétition n’utilise donc pas de coups de pied ni de poing. Les jambes servent à faucher, balayer ou soulever, pas à frapper : O Soto Gari, De Ashi Barai ou Uchi Mata déséquilibrent l’adversaire.
Judo et JJB
Le JJB descend historiquement du judo, et les deux disciplines partagent encore beaucoup (voir aussi notre article sur la licence JJB : France Judo ou CFJJB). Les pratiquants de JJB empruntent régulièrement des projections de judo, en particulier en kimono : O Goshi, Uchi Mata, O Soto Gari, O Uchi Gari, Seoi Nage ou Tai Otoshi sont des exemples courants. Il faut cependant les adapter : le règlement, les saisies, la posture et les risques ne sont pas les mêmes. Une projection qui marque ippon en judo peut vous laisser dans une position inconfortable face à un spécialiste du sol, voire exposer votre dos si elle échoue.
Côté équipement, le judogi se distingue d’un kimono de JJB par sa coupe et son épaisseur. Si vous pratiquez les deux, vérifiez ce que votre club autorise avant d’acheter. Pour choisir un club proche de chez vous, consultez notre annuaire des clubs de JJB.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de projections en judo ?
Le Kodokan en reconnaît 68, réparties en cinq familles.
Quelle est la projection la plus célèbre ?
Il n’y a pas de réponse officielle. Seoi Nage, O Soto Gari, O Goshi et Uchi Mata font partie des plus connues.
Que signifie Sutemi Waza ?
« Techniques de sacrifice » : on renonce volontairement à sa position debout pour finir la projection.
Y a-t-il des coups de pied en judo ?
Non en compétition : les frappes n’existent que dans certains katas.
Peut-on apprendre les projections seul chez soi ?
On peut étudier les noms et regarder des démonstrations, mais des chutes ou des projections mal exécutées blessent. La pratique se fait avec un encadrant, sur un tapis.
À retenir
Le vocabulaire des projections devient accessible dès que l’on cesse de mémoriser une longue liste : retenez les cinq familles, les trois temps (kuzushi, tsukuri, kake) et quelques mots de base. Le reste vient avec la pratique, car la maîtrise repose sur l’équilibre, les saisies, les déplacements et le timing, que seul le tatami développe.






